Pour être Basque faut-il parler le basque ? L’enquête Pratiques culturelles et identité basque (2005), initiée par le programme Batekmila de l’Institut culturel basque nous donne l’opinion de 4000 personnes interrogées sur cette question plutôt polémique. Certains contesteront la question elle-même en disant que personne ne se demande si, pour être Français, il faut parler le français. Sauf les peuples colonisés, etc. Réponse : personne non plus ne se demande si, pour être Belge, il faut parler le belge. Langue et identité ne sont donc pas synonymes. Et pourtant on sent bien qu’un lien existe entre les deux concepts. Qu’en pensent les habitants du Pays Basque ?À la question : "A votre avis quelles sont les deux conditions les plus importantes pour que quelqu’un se considère Basque ?", une des dix réponses suggérées était : "Parler basque". Or on constate un écart spectaculaire entre les résultats d’Iparralde et ceux de la Communauté autonome basque (CAB). Ici la langue basque vient en 2e position comme condition pour être Basque avec une valeur 40, alors que dans la CAB la langue basque est en 5e position avec une valeur 16. Ce score est étonnant pour le territoire le plus bascophone. Tout se passe comme si, la nation basque y étant protégée par des institutions autonomes, elle a moins besoin du rempart linguistique. L’inverse se vérifie en Iparralde. Ici la langue basque est indispensable pour protéger notre identité d’origine.
Il y aurait peut-être une autre explication pour ici. N’avons-nous pas intériorisé une logique jacobiniste subliminale "une patrie, une langue" ? Ou plus exactement une langue pour la patrie française, une langue pour "la matrie basque" (J.-L. Davant). Ce qui expliquerait pourquoi c’est dans la zone la plus bascophone (Basse-Navarre et Soule) qu’on trouve à la fois la plus forte proportion de ceux qui se sentent "plutôt Basques" (30%), ce qui est normal. Mais aussi la plus forte proportion de "Basques-Français" (40 %). Justement parce que c’est la zone la plus bilingue, deux langues produisant des identités doubles.
L’immense désir de langue basque est une autre donnée psycholinguistique étonnante de l’enquête. Restons en Iparralde. Aux non-bascophones et aux semi-bascophones (73 % de la population) a été posée la question : "Êtes-vous en train d’apprendre le basque ?". La réponse "Oui" à 4 % nous a paru faible à première vue. Reporté à la population réelle il s’agit d’environ 6000 personnes de 16 ans et plus. Or les rentrées d’AEK se situent autour de 1000 élèves. Il faut croire que les 5000 autres se forment par eux-mêmes, en écoutant les radios d’expression basque, en participant à des activités culturelles comme les chorales, les pastorales, que sais-je ? Plus étonnant, 20% des enquêtés disent qu’ils aimeraient apprendre le basque si l’occasion se présentait, soit 30000 élèves adultes potentiels ! Il faut donc réviser notre typologie sociolinguistique habituelle. Nous pouvons dire qu’actuellement en Iparralde :
- 27 % parlent bien ou assez bien la langue basque ;
- 44 % l’apprennent ou aimeraient l’apprendre ;
- 29 % (seulement !) n’ont aucune intention de l’apprendre.
Ceux qui essaient, ont essayé ou essaieraient d’apprendre le basque, quand on les interroge sur leur motivation, on remarque que les motifs le plus souvent invoqués relèvent du désir de s’intégrer au pays et du sentiment identitaire : "pour communiquer avec les Basques ; parce que c’est la langue du Pays, pour retrouver mes racines" et éventuellement "parce que je me sens Basque". Nous avons là tous les éléments pour mettre en place une grande stratégie d’information et d’incitation, peut-être aussi des apprentissages nouveaux, afin qu’un grand nombre de velléitaires deviennent des volontaires de la langue basque. Personnellement je regrette que le budget "conscientisation" de la Convention spécifique soit utilisé de manière si discrète. Ce doit être un axe fort du programme de l’Office public.
Un autre signe du désir de langue basque nous est donné par l’intention largement positive d’apprendre cette langue aux enfants. A la question : "Si vous avez, si vous aviez des enfants voudriez-vous qu’ils sachent la langue basque" ?, les réponses cumulées "ils le savent, je voudrais qu’ils le sachent" s’élèvent à 63 %, peu m’importe 20 %, réponses négatives 12 %. Soit. La question étant hypothétique pour bon nombre d’enquêtés, les résultats sont délicats à manipuler. Ceci dit, les réponses positives sont toujours majoritaires par rapport aux réponses négatives. Quel que soit l’âge, la connaissance du basque ou même le sentiment identitaire des enquêtés : de manière absolue chez ceux qui se sentent plutôt Basques (93% versus 1 %), de manière relative chez ceux qui se sentent plutôt Français (46% versus 18 %).
Enfin, nous avons des données très positives concernant la valorisation des noms basques, noms des personnes, des maisons, des rues, des lieux-dits. En moyenne les réponses favorables s’élèvent à 77 %, les réponses défavorables étant quasiment inexistantes (1 %). Le reste concerne les indifférents et les non-réponses. Dans le détail, l’attitude est la plus unanimement positive chez les bascophones (85%) et chez ceux qui se sentent plutôt Basques (97 %). Et cette attitude reste largement positive même chez les non-bascophones (72 %) , et chez ceux qui se sentent plutôt Français (69 %). D’accord, on peut minimiser les résultats en faisant remarquer qu’il s’agit de la langue dans sa fonction emblématique, de la langue ikurriña. Cependant des études, notamment canadiennes, ont mesuré l’influence de la valorisation des toponymes d’origine, sur l’apprentissage et sur l’utilisation de la langue d’origine. Résultats constants, cette influence est étonnamment plus importante qu’il n’y paraît d’emblée. Preuve que rien n’est à négliger dans le domaine de la motivation identitaire.
Ikerketa honetarik erakaspen anitz atera ditzakegu eta atera ditzakete, bai Euskal kultur erakundeak, bai eta ere Euskararen erakunde publikoak : herritarrak prest direla euskal ikaskuntza zabaltzeko ; gehiengoak begi onez ikusten duela euskal izenen hedapena, eta hain segur euskararena. Horiek hola, lehentasunezko lana dela euskal gogoaren pizkundea.