Jean-François Lefort, porte-parole de l’association pour la défense des droits des prisonniers politiques basques, remis en liberté lundi après une année de détention provisoire, est arrivé hier soir à la gare Bayonne, où il était reçu par plus de deux cents personnes et par un aurresku [danse d’honneur]. À peine a-t-il posé le pied à Bayonne qu’il s’est adressé à la presse pour dénoncer l’attitude de l’Etat français envers le Pays Basque."J’ai été aussi surpris de ma libération que j’ai été surpris de mon incarcération. J’ai passé un an en prison pour rien. Tout a été un montage policier pour discréditer le mouvement de solidarité envers les prisonniers politiques basques", a-t-il déclaré tout en ajoutant qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Il a évoqué dans ce sens l’opération policière de juin dernier au cours de laquelle seize personnes du mouvement de solidarité envers les détenus et leurs familles ont été entendues.
Paris fait partie de la solution
"Mais, au-delà de cette dynamique de répression, l’Etat français s’attaque aussi à d’autres secteurs de la société basque, comme au mouvement des jeunes Segi, aux élus ayant soutenu la démarche d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara, aux mairies qui ont subventionné l’initiative du Département basque, ou encore au mouvement des Démos". Très amaigri après 22 jours de grève de la faim, dont les deux derniers de la soif, le porte-parole d’Askatasuna a regretté l’attitude de Paris concernant le conflit basque, car "d’une part l’Etat français se refuse à admettre qu’il fait partie du conflit, alors que de l’autre il n’arrête pas de renforcer la répression.
Selon Jean-François Lefort, tant que l’Etat français n’assumera pas sa participation directe en tant qu’acteur du conflit basque, celui-ci ne pourra trouver d’issue démocratique, puisque, "s’il fait partie du problème, comme il le démontre dans sa pratique, il doit aussi faire partie de la solution". Dans le même sens il a évoqué la situation des 700 prisonniers basques, dont 20 en situation d’isolement dans des centres pénitentiaires français. "Ils étaient 19, mais ma mise en liberté a laissé Juan Carlos Subijana en situation d’isolement". C’est en compagnie de ce militant que Jean-François Lefort a mené une grève de la faim, pour dénoncer l’attitude de la direction de la prison. "ça a été dur", a-t-il avoué, "mais nous avons obtenu une partie de nos revendications. Pourtant, rien n’est réglé: les prisonniers meurent dans les prisons et leurs familles sur les routes", a-t-il souligné devant les journalistes, venus nombreux à la gare.
Jean-François Lefort est sous contrôle judiciaire. Il est obligé de se présenter tous les lundis au commissariat, il ne peut pas quitter le département et il lui est interdit de rencontrer un certain nombre de personnes indiquées par le juge d’instruction.