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Le JPB > Pays Basque 2005-12-01
Heurs et malheurs de trajectoires socialistes

L’un est au Parti Socialiste, l’autre y était. L’un est à la Ligue Communiste Révolutionnaire, l’autre en vient. Tous deux sont favorables et militent à une transformation radicale de la société. C’est pour confronter deux itinéraires politiques, celui de Pierre Ruscassie et celui de Philippe Corcuff, que la Fondation Robles-Arangiz les a réunis samedi matin à Bayonne. "Comment et pourquoi des militants ayant le même but font des choix tactiques différents" cadre Jean-Noël Etcheverry Txetx, responsable de la fondation au Pays Basque nord, qui ouvrait au public ses nouveaux locaux au 20 rue des Cordeliers. Deux trajectoires diamétralement opposées.

Le premier milite au PS depuis 1994, parti qu’il a rejoint avec son courant en quittant la LCR, parti auquel il avait adhéré en 1968. Pierre Ruscassie et ses camarades sont venus renforcer l’aile gauche du PS, au sein de "La gauche socialiste". Un choix que l’enseignant palois justifie par projection de ce que les trotskistes défendent dans le champ syndical. Rendant hommage au bagage militant fourni par la LCR, il estime a posteriori comme une erreur son opposition à l’union de la gauche dans les années 70. Union de la gauche qu’il préconise aujourd’hui, de la même façon qu’il défend "l’union et l’indépendance" syndicales comme "la meilleure stratégie pour faire triompher les revendications". Stratégie du "Front unique" à tous les étages. Pour P. Ruscassie, "si on est démocrate, il faut accepter d’être minoritaire dans un parti [qui regrouperait toute la gauche] plutôt que d’être majoritaire dans un parti marginal". Néanmoins, au sortir du congrès du Mans et de sa synthèse qui a vu la gauche du PS se fragmenter, il estime que "le programme du PS aujourd’hui n’est pas à la hauteur, et que le gauche est divisée". Cela étant, "il faut être patient en politique".

La frontière sociale-libérale

Des anciens militants trotskistes qui se retrouvent aujourd’hui au PS. La figure est classique. Celle de Philippe Corcuff l’est beaucoup moins. Anecdotiquement, mais avec humour, il relate qu’il a vu nombre de militants d’extrême-gauche qui l’accusaient de Œtraître’ dans les années 70, passé au PS dans les années 80, mais sur sa droite. Le sociologue explique que les conditions et conjonctures qui ont présidé son entrée au PS, dans son aile marxiste (le Ceres de Chevènement et Motchane), en 1976 se sont nettement dégradées, raison pour laquelle il n’entrerait pas au PS aujourd’hui. Il les énumère : la composition sociale du PS et son enracinement populaire, les liens avec les mouvements sociaux, la dynamique du programme commun [avec le PC] visant la rupture avec le capitalisme, congrès où toutes les motions sont anti-capitalistes. Or aujourd’hui, selon P. Corcuff, le PS n’assume pas son social-libéralisme, pratique un néo-molletisme (discours de gauche, pratique de droite) en deçà des partis sociaux-démocrates scandinaves ou allemands qui dans les soixante-dix "défendaient un compromis au sein du capitalisme au profit des classes populaires". Depuis la parenthèse jamais refermée de 1983, pour le PS "il y a une contre-offensive libérale à laquelle on ne peut résister, on ne peut qu’accompagner la désagrégation" prête-t-il au parti de Hollande. Déduction du militant LCR: les frontières principales sont "entre une gauche radicale émergente pour sortir du libéralisme" et "les forces libérales et sociales-libérales", sans oublier le clivage entre "les forces républicaines et l’extrême-droite". Philippe Corcuff ajoute que le programme de Besancenot est plus à droite que celui du programme commun, et signale les positions "plus pragmatiques" aujourd’hui de la LCR [qu’il a rejointe en 1997 après un bref passage aux Verts après avoir milité 17 ans au PS] qui se dit "prête à participer à un gouvernement pour inverser la logique néolibérale".

Deux trajectoires opposées, tout comme leurs stratégies politiques présentes. Le débat de la fondation entendait écarter les jugements moraux sur tel ou tel choix ou les qualificatifs de trahison. Une façon de débattre confortée par l’exposé de l’universitaire Corcuff, qui faisait appel à Machiavel, Weber et Merleau-Ponty pour affirmer que "ce qui compte en politique ce ne sont pas que les intentions, mais aussi les effets". Plaidant pour l’expérimentation en politique, comme le pragmatique John Dewey, le sociologue souligne la part d’incertitude résidant dans l’action politique, sa dimension de pari, ainsi que sa nécessité car "ne rien faire, c’est aussi agir". C’est également prendre parti.


 
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