Je souhaitais vous faire part de cette réflexion au sujet d’un tract du "comité souletin de l’Espoir" pour le non au TCE (Traité Constitutionnel pour l’Europe) et concernant ce que j’entends de la bouche des tenants du non d’extrême droite et d’extrême gauche.
Le peuple ! Le peuple ! Le peuple ! On n’entend plus que ça. Le peuple amalgamé dans la bouche de Besancenot, Buffet, Le Pen ou De Villiers comme une entité homogène.
Mais qui es-tu, peuple, moi qui ne vois que DES peuples ? Je les nommerai plus facilement "les peupleux". En tant que conseiller municipal de Mauléon Licharre, je dois dire que quelques semaines après les élections municipales, je les avais déjà perdus de vue. J’en ai eu une vision fugace durant les réunions où nous élaborions le programme de la liste "Union Citoyenne". Car si durant cette campagne électorale, les petits politiciens et "les peupleux" ont parfois joué le jeu de la démocratie, de l’ouverture, du débat permanent et citoyen avec une bonne dose d’¦cuménisme, aujourd’hui c’est bien fini. Je ne vois plus rien que des humains vaquant à leurs activités privées et professionnelles.
Je pense en effet que pour intéresser les citoyens à l’Europe et au monde il faut d’abord qu’ils s’intéressent à leurs propres affaires, aux affaires de leurs voisins, de leur quartier. Or, pour en revenir à Mauléon, ville de 3500 habitants, combien sont-ils à s’intéresser à la vie politique de la commune, à demander des comptes, à assister aux séances du conseil ?
Lorsque nous organisions dans le cadre d’une association, il y a quelque temps, une réunion d’information sur les OGM à Mauléon, combien étaient-ils vraiment de Mauléon? 5 sur 60 peut-être ? Sur 3500 habitants. Vous voyez ce que je veux dire ?
Lorsque j’ai organisé, avec des voisins, une réunion de quartier à la Haute-Ville, ils étaient combien à y assister ? 5 ou 6 à tout casser. Et l’élu du PC n’était pas là car il déménageait sa cabane de chasse...
Chacun ses priorités. Je me rappelle d’un gars qui arrive à cette réunion et qui a dit : "je suis mandaté par trois personnes". Il attend son tour. Enfin il pose sa question. On répond et il se casse, se foutant complètement des autres sujets.
Je me souviens aussi de cette réunion d’information organisée par la mairie pour les riverains du quartier de Licharre. Un joli projet était présenté.
Des trottoirs assez larges pour les mamans avec poussettes, un arbre, un coin fleuri avec un banc à l’ombre de l’arbre pour les amoureux. Que nenni !
Bagnoles ! Bagnoles ! Bagnoles ! De la place pour les Bagnoles qu’il leur fallait. " Les peupleux", non formés à la politique mais formatés à la bagnole, au pinard et à la téloche ont eu le dernier mot. La mairie a fait marche arrière, "les peupleux" ont eu ce qu’ils voulaient.
Et s’il y avait eu un référendum concernant la peine de mort? Le résultat aurait-il été ce qu’il est aujourd’hui ?
Voilà pourquoi je n’ai pas envie de "tenir compte du verdict populaire" (dixit le comité souletin) et des résultats de ce référendum. J’ai mes convictions, point.
Démantibulation
Parce que je ne crois pas au référendum vu la démantibulation totale de cette foule éparse et incohérente. Je repense là à la chanson de Renaud, Hexagone, dans laquelle il n’épargne pas ce peuple contradictoire et versatile. Ces "peupleux" qui hier installent un gouvernement de droite et qui n’ont de cesse ensuite de le démolir. Et après c’est le tour de la gauche. S’il y a un peuple c’est un enfant de deux mois qui gesticule et crie car il n’arrive pas encore à s’exprimer. Tiens, au fait : C’est le peuple qui a voté pour le gouvernement Chirac.
Juste pour pour le plaisir, cet extrait de la chanson de Renaud: ...Ils se souviennent, au mois de mai, d’un sang qui coula rouge et noir, d’une révolution manquée qui faillit renverser l’Histoire, j’me souviens surtout d’ces moutons effrayés par la Liberté, s’en allant voter par millions pour l’ordre et la sécurité...
Individuellement dans le peuple il y a des gens bien, mais ça me ferait mal aux dents de dire à l’image du collectif souletin pour le non au TCE qu’il s’agit de "savoir en toutes circonstances respecter les exigences populaires". Cette phrase est vide de sens. Et je ne souhaite subir ni dictature du pouvoir, ni du prolétariat.
Je ne peux plus sentir aujourd’hui cette extrême gauche et extrême droite populiste et démagogique liées par cette récupération honteuse du peuple, dont une bonne partie de ce dernier est constituée de xénophobes (60 % des partisans du non pensent qu’il y a trop d’étrangers en France) et d’une grande majorité qui attend tout des élus, des élections et de la prochaine alternance. Tous pourris sauf "Les peupleux", c’est entendu ! En matière de récupération honteuse du peuple, seul Sarkozy a fait mieux par ses propos au sujet du meurtre de cet enfant de 11 ans le 19 juin à la Courneuve, en parlant du peuple à tort et à travers.
Je peux aussi parler du peuple que je connais. La parcelle que représente les 3500 habitants attentistes de Mauléon. Attentistes, car à Mauléon une réunion d’information sur la pastorale regroupe 150 à 200 bénévoles. 150 à 200 Mauléonais. Pour la culture - et c’est tant mieux - les salles sont combles. Pour le rugby ou le rallye des cimes il y a foule. Pour la politique, vous pouvez faire des réunions dans les toilettes, il y aura assez de place.
Mes convictions sont confortées. Continuons à nous asseoir lourdement sur ce concept épuisé qu’est le suffrage universel et la démocratie représentative.
Citoyens et élus, continuons à faire confiance à ce système de délégation de pouvoir qui n’a plus aucun sens et qui est arrivé au bout de ce qu’il pouvait donner. Continuons à penser comme Max Dalier, le premier adjoint de la mairie de Mauléon qui dit, je cite de mémoire : "Dans la population il y a plusieurs niveaux d’information. Les élus sont là parce que les citoyens ne peuvent accéder à certaines informations et par conséquent ne peuvent pas agir en conséquence".
Je parlerai du peuple avec conviction le jour ou la démocratie participative viendra se greffer à la démocratie représentative.
A ce moment-là, les élections et les référendums auront peut-être plus de sens.
Pour l’instant, les élections sont uniquement là pour faire croire aux gens qu’ils sont en démocratie. Mais à ce jeu-là, à long terme, nous serons tous perdants.
Pour finir : Lors d’une élection cantonale, je me souviens d’une réunion publique de Louis Labadot du parti communiste. Il avait ouvertement fait du pied aux électeurs de droite et d’extrême droite du CPNT. S’il doit y avoir un peuple de gauche avec des chasseurs de droite et d’extrême droite, il est clair que je préférerais dire merde à cette engeance.