L’observatoire des droits linguistiques, Behatokia, vient de rendre public son rapport 2004. Pour le Pays Basque nord, Behatokia a examiné 9 dossiers, qui concernent "des manquements aux droits linguistiques universellement reconnus, mais ignorés par la France".
Trois des dossiers font référence à des refus de l’administration judiciaire à ce que des prévenus s’expriment dans leur langue maternelle auprès des tribunaux. Un autre dossier concerne La Poste, qui refuse la tarification "envois en nombre" pour les lettres avec des inscriptions toponymiques en euskara. Une affaire est en cours devant la commission contre le racisme de l’ONU, suite à une plainte déposée par Aek pour ces mêmes raisons en 1999.
Un autre dossier concerne la Mairie de Bayonne, qui malgré des informations au public multilingues (site web et prospectus) se refuse de le faire en langue basque.
Le Projet Collectif de Développement Baxe Nafarroa est également épinglé : la traduction de documents en langue basque ayant été refusée malgré la demande.
La SNCF fait également partie des structures visées de rapport en rapport, puisque malgré les demandes rien n’a changé dans ce service.
Les derniers dossiers font référence à l’enseignement en langue basque et aux difficultés que rencontrent les différentes filières pour leur développement.
Inadmissible
Pour Maixan Mercapide et Paulo Bilbao "il est inadmissible que l’administration française ose encore mettre des bâtons dans les roues, alors que la langue est en péril". Près de 80% des enfants scolarisés en Pays Basque n’auraient aucun contact avec l’euskara. 5,5 % des enfants sont scolarisés dans les ikastola "seule filière à pouvoir assurer une bonne connaissance en basque" insiste Behatokia. "Ne rien faire, est également une politique linguistique" a dénoncé Paulo Bilbao, président de Behatokia.
Behatokia estime que ces dernières années la situation a empiré depuis la modification de l’article 2 de la Constitution. "Il est triste de rappeler qu’au XXI siècle la France ne reconnaît toujours pas les droits individuels et collectifs des bascophones, droits universellement reconnus" a-t-il rappelé.
En ce sens, il a estimé que l’Office de la langue devrait porter la demande de co-officialisation de la langue basque. De plus, avant d’entamer toute politique linguistique, Behatokia estime qu’il faudrait d’abord faire le point sur les exactions commises à l’encontre de la langue basque. "Toute politique demande tout d’abord un diagnostic précis de la situation" ont-il indiqué.
En ce qui concerne la société civile, Behatokia a insisté sur le fait que la société basque doit être consciente qu’elle a des droits linguistiques. Il a fait appel aux associations afin qu’elles travaillent à ce que la population prenne conscience de ce fait.
De plus, le besoin d’informer de la situation linguistique en Pays Basque et dans les autres régions de l’hexagone au niveau international a été souligné.