En hommage au célèbre dirigeant du Biarritz Athletic Club, Raymond Rey, disparu depuis quelques années déjà, le tournoi qui porte son nom a pour habitude de clôturer la fin de saison des plus jeunes manistes, du côté d’Aguiléra. Une fin de saison qui, cette année, sera marquée par une date importante puisqu’elle correspond aux 40 ans de la naissance de l’école de pelote du BAC. Hier après-midi, quelque 35 pilotari de 6 à 16 ans ont eu l’occasion de briller devant parents, amis et supporteurs. C’était le jour des premières fois pour certains : la première finale de blanc vêtu, le premier trophée... de quoi récompenser les efforts réalisés tout au long de l’année.L’aventure de l’école de pelote démarra en 1965, sous la compétence du pilotari professionnel biarrot Garmendia. Au mur à gauche Plaza Berri d’abord. Sont venues ensuite les confrontations avec les voisins du sud du Pays Basque (Bera, Mungia, Bilbao), puis avec les amis catalans (Barcelone)...
Quarante ans plus tard, le club a grandi, mûri, et sa section main nue est devenue incontournable au sein d’un club où la Cesta Punta reste toujours une référence importante. Abandonnant le temple de Plaza Berri pour s’installer au Jai-Alai d’Aguiléra, le BAC n’a cessé de grandir. À tel point qu’aujourd’hui, c’est le seul club de la Ligue du Pays Basque à disposer d’un Jai-Alai, un mur à gauche et un trinquet dans un même site, à Aguiléra.
Des outils qui facilitent le travail des éducateurs et des bénévoles biarrots plutôt intéressés par un travail de masse qu’un conditionnement élitiste. Il n’en demeure pas moins que les championnats de Ligue ne sont pas négligés pour autant. Ainsi, la récolte de cette saison a laissé notamment les titres (Ligue du Pays Basque et championnat de France) remportés par les cadets en mur à gauche et les benjamins en trinquet.
Et quand on parle de formation, Christophe Etchart est aujourd’hui l’homme de la situation au BAC. Educateur sportif de la ville de Biarritz, il est détaché au Biarritz AC pour une douzaine d’heures, ce qui fait de lui le principal responsable de l’école de pelote "des débutants jusqu’aux cadets" explique-t-il, presque fier de "son bébé". Un métier-passion qui s’inscrit dans la continuité de ce que Christophe faisait en tant que bénévole.
À 400 mètres du BO
Résultat des courses, le BAC tourne actuellement avec une cinquantaine d’enfants, un chiffre tout à fait correct pour un club qui se situe à 400 mètres du Champion de France de rugby : "C’est évident que les performances du BO influent sur notre population" rajoute Etchart. "C’est là qu’on remarque le poids de la presse (de la télévision). Aujourd’hui, les jeunes s’intéressent plus au BO. Et c’est la même chose pour la pelote lorsque les Championnats du Monde ont lieu. Le phénomène Waltary est, dans ce sens, un exemple très parlant. L’année où le Cubain avait séduit le public basque, des nombreux jeunes s’étaient inscrits à la pelote. Ils voulaient tous jouer comme lui ! Facile à dire."Quoi qu’il en soit l’éducateur biarrot préfère s’inscrire dans la durée, soulignant l’importance de travailler avec des enfants qui souhaitent vraiment s’amuser à la pelote : "la première fois, on ne lui donne pas forcément une licence. On attend deux ou trois séances, on discute avec les parents, on regarde si son intégration s’est faite dans de bonnes conditions, et ensuite nous prenons la décision". Inutile d’insister avec ceux qui sont là à contre-c¦ur, pour faire plaisir aux parents par exemple.
Viendra ensuite l’adolescence, le moment-clé dans toute activité sportive ou autre. Une période "encore plus charnière à la pelote" selon Christophe Etchart, ne serait-ce que parce que "aujourd’hui les enfants font souvent deux activités au minimum. Et au moment de choisir, ils basculent plus facilement vers un sport collectif, plus "facile" que la main nue, où il y a plus de copains et une ambiance plus conviviale".
C’est d’ailleurs sur cet aspect que le pelote pêche d’après Etchart, "aujourd’hui la main nue loisir n’existe plus. La convivialité manque. Certains enfants des catégories minimes-cadets arrêtent à cet âge-là parce que les formules championnat-tournoi n’existent plus. Celui qui ne veut pas de compétition, il n’a plus rien à faire" explique-t-il avant de poser la question de fond "il faudrait mener une réflexion plus générale sur le devenir de la main nue chez les jeunes. On a tendance à oublier que c’est un jeu. Autrefois, les jeunes se retrouvaient au fronton du village pour s’amuser. Aujourd’hui cela n’existe plus. Il faut trouver d’autres systèmes". Le message est lancé.
Lui-même a établi au BAC un créneau dans la semaine pour ce genre de public "c’est le mardi soir. Tout le monde s’y retrouve: enfants, parents, seniors, petits, avec des pelotes plus molles... c’est le créneau de la main nue loisir".
Le bénévolat, une espèce
en voie de disparition
Cette réflexion le conduit logiquement à confirmer la grande évolution, voire révolution, qu’ont subie les écoles de pelote par rapport à ce qui se faisait auparavant : "Comme tout, la pelote aussi se professionnalise en terme de formation. De nos jours, les enfants démarrent beaucoup plus tôt (4-5 ans) et avec les plus petits, un minimum de formation est nécessaire. D’autant plus qu’actuellement on fait explorer davantage l’activité sous une autre forme. La notion de jeux est rentrée de plain-pied".Cette professionnalisation contraste quelque part avec la présence des bénévoles qui, malgré tout, constituent encore et toujours le noyau fort du fonctionnement d’une école de pelote : "C’est évident, tout cela serait impossible sans des personnes comme Beñat Poueyts, par exemple. Des individus qui donnent tout leur temps et leur dévouement à la cause de la pelote. Ils vivent pour la pelote. Mais ce genre de personnes est une espèce en voie de disparition. De nos jours, le bénévolat tend à s’effacer, et j’ai l’impression qu’on a justement tendance à se cacher derrière cette professionnalisation. ŒPuisqu’il y a des éducateurs payés pour faire ce travail, on s’efface’. La professionnalisation devient alors une arme à double tranchant".
Toujours selon Etchart, les dirigeants de pelote ont eux aussi leur part de responsabilités dans ce phénomène "certainement que nous n’avons pas su les valoriser. On ne les remercie pas, ils donnent et ne reçoivent pas, et comme ça, c’est difficile de les garder".