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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2005-06-30
Jakes ABEBERRY / Adjoint au Maire de Biarritz
Etre là où décide l´avenir

Pas un événement, un processus. Voici à quoi nous sommes invités samedi 9 juillet à la Chambre de commerce de Bayonne: mettre en chantier l’acte II du Schéma de développement du Pays Basque. La démarche collective lancée à Saint-Palais en 1992, dénommée Pays Basque 2010, fut un exercice assez exemplaire de mise en ¦uvre d’un projet territorial pour une fois non élaboré par la seule classe politique. Cette prospective affirma un territoire, Iparralde, lui donna une cohérence entre côte et intérieur, définit l’identité basque comme facteur de développement. Le document ne resta pas virtuel mais reçut, après délibérations et vote, l’onction des élus d’abord locaux organisés dans une structure parallèle, puis du Conseil général et de manière plus floue du Conseil régional. Il devint contractuel avec l’Etat et les diverses collectivités territoriales dans le cadre du Plan Etat-région dans un volet appelé Convention spécifique Pays Basque. Depuis, le processus se déroule normalement. Il comporte un chapitre et des fonds consacrés à la politique linguistique euskara. C’est pour tenter de prolonger, en l’actualisant, cette contractualisation publique, venant à échéance en 2007, que le Conseil des élus et le Conseil de développement ont constitué une commission mixte de douze personnes. C’est sur les ouvertures de pistes proposées par cette commission mixte que s’ouvre samedi 9 juillet une réflexion élargie à tous les acteurs socio-économiques d’Iparralde dans l’esprit qui présida à la démarche Pays Basque 2010.

L’on sait la part prise par les abertzale dans cette procédure de développement. Le président fondateur qui mena à bien le Schéma était Ramuntxo Camblong et le secrétaire organisationnel Patxi Noblia. On sait aussi comment "l’establishment" local s’en débarrassa sans grande élégance, l’un et l’autre à quelques années d’intervalle. Ils n’étaient nullement contestés dans leur compétence ou leur implication. Abertzale était leur unique défaut! On mesure à cette aune-là les limites de l’exercice prétendument consensuel. Ici, comme ailleurs, les enjeux de pouvoir passent avant la noble cause du bien commun. Cela ouvrit une crise interne au Conseil de développement qui faillit entraîner le boycott de la mouvance abertzale.

Plus que les mises à l’écart de militants abertzale, c’est le blocage institutionnel du Pays Basque qui reste à ce jour le signe le plus négatif de la démarche. Dresser le contenu d’une ambition collective pour ce territoire a rendu, tout à coup, le contenant nécessaire et logique à sa mise en ¦uvre. Le département Pays Basque, quelque peu aux oubliettes, a alors repris vigueur et légitimité. Le consensus révélé par le Schéma de développement lui a donné une majorité populaire. Le pouvoir qui entendait détourner les Basques de leur revendication institutionnelle par le débat sur un projet, s’est senti piégé et s’est cabré. Nous restons sur son blocage.

Peut-on pour autant renoncer à écrire le futur de ce pays lorsque ce pays est au c¦ur de votre engagement? Dans le vide juridique d’Iparralde peut-on négliger l’un des rares lieux où se construit, malgré tout, notre devenir commun? Qui mieux que les abertzale, dans leur diversité, leur créativité, leur capacité à l’engagement dans l’économie, le syndicalisme, les médias, l’associatif et la promotion de l’euskara, portera l’identité profonde de ce pays? La participation nécessaire des abertzale ne peut cependant servir de caution basquiste à ceux qui leur ont porté quelques mauvais coups. Le mouvement basque doit intégrer ce lieu de réflexion en sachant aujourd’hui qu’il est régi par des rapports de forces. Il leur faut donc coordonner leurs implications individuelles, leurs savoir-faire culturel, socio-économique et occuper les fonctions de responsabilités, y compris les plus hautes.

S’ouvre, samedi 9 juillet, une année de travail et de réflexion collective pour écrire l’acte II du Schéma de développement du Pays Basque. Il ne tient qu’à nous d’entrer ainsi dans une forme de démocratie participative dont nous connaissons, pour l’avoir déjà expérimenté, l’efficacité à donner de la chair à un pays sans existence juridique.


 
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