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Le JPB > Sujet à la une 2005-06-23
L´investiture d´un Lehendakari reportée, la paix n´attend pas
·Malgré deux voix de EHAK, Juan José Ibarretxe reste sans la majorité absolue. On recommence aujourd’hui

Il n’y a pas eu de "fumata bianca" hier au Parlement de la Communauté Autonome Basque lors de la session d’investiture : 36 voix contre 33 en faveur du lehendakari sortant pour 75 députés, la majorité absolue (38) nécessaire lors du premier vote n’a pas été atteinte hier. Juan José Ibarretxe a obtenu les voix du PNV (22), de EA (7) et de IU (3) et 2 de EHAK. Le Parlement se réunira à nouveau aujourd’hui mais, cette fois-ci, une majorité relative sera suffisante.

La surprise est arrivée du Parti Communiste des Terres Basques. EHAK a offert deux voix sur 9 à Ibarretxe comme un geste de la gauche abertzale pour démarrer un processus de paix. Pourtant, ce soutien n’a pas suffi à M. Ibarretxe pour dégager la majorité absolue fixée à 38 voix. Le PP a pour sa part appuyé l’aspirant socialiste, comme c’était prévu, sans obtenir de majorité. Les deux candidats devront donc essayer de dégager aujourd’hui une majorité simple. Si les votes se répètent, Juan José Ibarretxe renouvellerait son mandat. Mais ces derniers mois et encore hier nous ont appris qu’à Vitoria il fallait toujours’attendre à tout. Quoi qu’il en soit, le nom du prochain lehendakari reste dans les enveloppes des bulletins de EHAK, arbitre de l’investiture.

Législature de paix

La session plénière d’hier a été ouverte par le discours d’investiture de l’aspirant socialiste à la lehendakaritza. "Je souhaite que cette législature soit la législature de la paix", a-t-il déclaré. Selon Patxi López, "le projet de pays doit être axé sur trois grands accords": "un accord entre les partis démocratiques pour défendre les libertés et atteindre la paix ; un accord sur la réforme du statut d’autonomie; et un accord avec les partenaires sociaux pour créer de l’emploi stable". Par rapport à la réforme du statut de Gernika, Patxi López s’est engagé à soumettre à une consultation tout nouveau statut d’autonomie, toujours avec approbation préalable du Congrès des députés.

Patxi Lopez a également voulu s’adresser à l’organisation armée basque. "ETA n’a qu’un seul destin: sa dissolution et l’abandon des armes". Il a souligné que la démocratie "ne peut accepter le chantage du terrorisme" et que la paix "n’a pas de prix politique".

Le PP, tout en critiquant durement les socialistes, notamment par rapport à une éventuelle négociation avec ETA, a décidé finalement de "prêter" ses 15 voix "afin que le parti socialiste récupère son bon sens et pour que les nationalistes renoncent à leur projet politique", a déclaré la présidente du PP María San Gil. Un vote qui "n’est pas enthousiaste mais cohérent", un vote pour voir si "votre pari pour le changement politique est sincère".

Triple objectif

Comme dans le cas de Patxi López, la Paix a été aussi l’axe central du discours du lehendakari sortant, mais, il faut le préciser, Juan José Ibarretxe s’est exprimé dans d’autres termes. Il a défendu le triple objectif du prochain gouvernement : la paix, la normalisation politique, "c’est-à-dire la résolution du conflit historique de nature politique que subit le Peuple Basque", et le progrès social qui constituent tous trois "les piliers fondamentaux" de l’accord de gouvernement atteint par le tripartite (PNV, EA et Ezker Batua Berdeak) et présenté hier par M.Ibarretxe.

Afin d’atteindre ce but, la méthode proposée par le lehendakari sortant est le dialogue. Un dialogue, "public et privé, bilatéral et multilatéral, sans veto personnels ou politiques". Pour y arriver, Juan José Ibarretxe propose un principe préalable, le respect "des institutions et des personnes", le respect "de tous les droits humains pour toutes les personnes", et le respect "du dialogue et du débat.

Dans ce sens, il a affirmé que la "longue période sans attentats mortels", la récente déclaration du Congrès des députés sur un éventuel dialogue avec ETA, l’attitude "plus civilisée" du président espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, le récent communiqué de ETA s’engageant à ne pas agir contre les élus, "sont des signes importants qui nous font rêver à un horizon d’espoir". Le lehendakari a demandé à l’organisation armée basque de "manifester sans équivoque sa disposition à abandonner la violence", et a réclamé de l’Etat espagnol des gestes tels que la mise en place d’une politique pénitentiaire respectueuse des droits humains. Le lehendakari sortant a dans le même sens ajouté que l’Etat doit assurer le respect des droits humains également dans les procédures policières et a avancé que le gouvernement basque mettra en place un protocole contre la torture s’il renouvelle son mandat. Juan José Ibarretxe a enfin évoqué le respect des "victimes de la violence" et a souligné que le processus de paix a pour but prioritaire d’empêcher "davantage de douleurs et de souffrances".

PNV, Eusko Alkartasuna et Ezker Batua ont développé les arguments de leur candidat, et les premières critiques contre M.Ibarretxe sont arrivées de la part d’Aralar. La parlementaire Aintzane Ezenarro lui a reproché de ne pas avoir fait assez pour assurer le soutien d’une large majorité des députés. Elle s’est adressée au lehendakari affirmant que le tripartite n’a pas voulu changer son programme de gouvernement d’une virgule, Aralar a donc décidé de ne pas soutenir M. Ibarretxe.

Résolution du conflit

La surprise est venue du groupe parlementaire de la gauche abertzale : EHAK a offert deux voix au candidat sortant tout en soulignant que ce soutien est donné, non pas pour la formation du gouvernement, mais pour la mise en place d’un processus de résolution du conflit. "Nous estimons que tout le monde est conscient que l’on vit une période de changement politique. La méthodologie la plus cohérente pour cela est le dialogue et la négociation multipartite. La gauche abertzale voit d’un bon ¦il l’attitude de partis politiques, syndicats et agents sociaux concernant la résolution politique, parce que, à terme, ce sera à la société basque de dire le dernier mot", a déclaré la parlementaire Nekane Erauskin.

La députée abertzale a rappelé que la nécessité d’un changement politique est aussi visible en Pays Basque nord, où "la demande d’une institution propre a fait déjà un long chemin" et où "l’idée d’une consultation populaire avance à grands pas". Elle a aussi évoqué l’initiative du Parti socialiste navarrais pour réformer le cadre institutionnel, une procédure qui serait clôturée par un référendum.

EHAK a réitéré la proposition présentée par la gauche abertzale le 14 novembre au vélodrome de Anoeta et a insisté sur sa méthodologie : la mise en place de deux tables de dialogue, la première composée par tous les partis politiques pour la résolution du conflit politique, et la deuxième par ETA et le gouvernement espagnol pour mettre fin au conflit armé. "La grande majorité de la société basque a affiché sa volonté de déclencher un processus de changement politique et un processus de résolution du conflit. C’est le moment de commencer à travailler".



Un Conseil Politique pour la normalisation
Pour mener à bien cette mission de paix et de normalisation politique, le lehendakari sortant estime qu’il faut d’abord mettre en place un gouvernement. Juan José Ibarretxe a annoncé la création, toujours dans le cas où il serait investi, d’un Conseil Politique pour la Normalisation, qui serait composé de lui-même, d’un membre de EA et d’un troisième de Ezker Batua Berdeak. Ce conseil deviendrait le leadership des processus de dialogue afin d’impulser une table de dialogue multipartite. En référence à Batasuna, le lehendakari sortant a réitéré avoir "les bras ouverts à toutes les forces politiques, à celles présentes au Parlement, tout comme à celles qui, étant absentes, comptent sur la légitimité sociale de représenter une partie significative de la société basque, afin d’atteindre, entre tous, un Accord politique pour la normalisation et la convivialité en Euskadi".

Le lehendakari sortant a dans ce sens souligné que les agents sociaux doivent eux aussi participer au développement d’un Accord de paix et de normalisation. "C’est la société basque qui a le dernier mot" , a-t-il ajouté évoquant un référendum.

Pays Basque nord

Juan José Ibarretxe a également évoqué son projet de nouveau statut d’autonomie et dans ce sens il a cité le préambule et le "droit du Peuple Basque à décider de son avenir". Le lehendakari sortant a dans ce sens rappelé que le Pays Basque est composé de sept provinces et que "les territoires basques de Araba, Bizkaia, Gipuzkoa, la Navarre, la Basse-Navarre, le Labourd et la Soule ont le droit de s’engager dans un cadre de relations communes, en conformité avec la volonté de leurs citoyens respectifs".

Le gouvernement de la Communauté Autonome Basque aurait donc le droit de promouvoir la mise en place d’une structure de coopération avec les autres territoires basques situés sur le territoire de l’Etat français, tout comme avec la Navarre, "sans autre limite que la volonté de leurs citoyens respectifs".


 
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