"Après la greffe,la vie redevient presque normale"
·René Larrondo a un nouveau c¦ur, d’autres voudraient être à sa place mais les esprits sont encore peu conscientisés au don d’organes
"J’ai eu de la chance, je n’ai attendu que six mois". Ceux qui, comme René Larrondo à l’époque, sont en attente d’une greffe, mesurent bien la bonne fortune dont a bénéficié l’uztariztar au c¦ur défaillant. Il y a maintenant dix ans, sa seconde vie démarrait après une opération de greffe du c¦ur.
La situation de René Larrondo pourrait faire des envieux à bien des égards. Non seulement l’attente n’a pas été longue pour lui mais en plus, le "c¦ur était compatible" puis "l’opération s’est bien passée".
En 1982, quand René a son premier infarctus, il ne connaissait rien du don d’organes. Sa situation va le conduire à se familiariser avec cet univers et il deviendra même l’un des responsables de France Adot 64, l’association qui informe et sensibilise le public à cette question.
"La greffe, on l’attend avec impatience car on est très diminué. Mais il faut y être préparé psychologiquement", commente le retraité d’Ustaritz. Il se souvient qu’avant l’opération il ne pouvait pas rester accroupi avec son petit-fils. "Je sentais bien que ça ne pompait pas normalement", se souvient-il. "Après la greffe, la vie redevient presque normale. Je marche quatre heures à la montagne. J’ai juste arrêté la pelote et le tennis", raconte-t-il.
"On s’intéresse toujours au patient seulement, jamais à sa femme", tranche alors Maite, l’épouse de René. Contrairement à son mari qui ne semble garder que peu de mauvais souvenirs de cette expérience, elle, se souvient encore de cette dure épreuve.
"Pendant quelque temps, je ne voulais pas toucher sa poitrine. Ça a duré trois mois au moins", se souvient-elle. "J’étais gênée, je pensais à cette famille qui avait perdu ce jeune en moto", poursuit-elle en faisant référence au donneur. "Quand on attend une greffe, on attend que quelqu’un meure, c’est terrible", déplore-t-elle.
Il y dix ans, les Larrondo avaient eu accès à l’information selon laquelle le c¦ur greffé appartenait à un jeune motard de moins de 25 ans, accidenté de la route. "Aujourd’hui, ils ne donnent aucun détail", précisent-ils.
Maite a également encore à l’esprit l’attente et l’appréhension. "Je n’avais qu’une peur que René revienne sans avoir été transplanté. Je connais des cas où c’est arrivé car l’organe n’était finalement pas compatible", dit-elle.
Aujourd’hui, René intervient dans les lycées pour informer les enjeux du don d’organes et raconter son expérience. Il explique que le don est gratuit et anonyme tant pour le donneur que pour le receveur, que la mort encéphalique ou mort à c¦ur battant la seule qui permette de prélever un organe est contrôlé par deux encéphalogrammes à six heures d’intervalle. De son vivant, on ne peut donner qu’un rein, un lobe du foie, de façon plus rare un lobe du poumon et de la moelle osseuse.
"Les jeunes sont très réceptifs", commente-t-il.
Pour autant, peu d’entre nous possédons notre carte de donneur (environ 1700 porteurs de carte sont identifiés dans le département par France Adot 64). L’action des associations comme France Adot vise à informer le public le plus large possible pour que celui-ci ait en main les éléments qui permettent de décider s’il veut devenir donneur.
Se positionner de son vivant
"Il est très important de se positionner de son vivant même si c’est pour dire qu’on ne veut pas que ses organes soient prélevés, car sinon la décision retombe sur les proches et c’est beaucoup plus difficile", explique Yves Bouchet, président de France Adot 79, de passage à St-Jean-Pied-de-Port avec des membres de son association (lire ci-dessous). "Quand on perd son grand-père, il est assez aisé de donner son autorisation, mais quand il s’agit d’un mineur, c’est beaucoup plus difficile, surtout qu’il faut l’accord des deux parents", poursuit-il.
La peur que notre corps soit dépecé explique en partie le frein à donner ses organes. "Mais il ne faut pas confondre don d’organe et don du corps à la science", souligne Monique Bernard, vice-présidente de France Adot 64, précisant que dans le premier cas la famille récupère le corps.
Toutefois, si les donneurs sont encore aussi peu, ou du moins aussi peu identifiés, c’est en grande partie qu’il manque à chacun l’information qui permettrait de sauter le pas, selon les responsables associatifs. D’où leur action au quotidien, qu’ils souhaiteraient voir relayer par les institutions comme c’est le cas en Pays Basque sud.
Dans l’attente, chacun peut demander sa carte de donneur d’organes en entrant en contact avec France Adot 64 à Anglet (Maison pour Tous", 6 rue A. Le Barillier Tél : 05.59.52.34.16 - Fax : 05.59.52.34.16) ou sur le site www.france-adot.org. Car comme le rappelle Yves Bouchet: "nous sommes tous des donneurs potentiels mais nous sommes aussi des receveurs potentiels".
Les greffés en marche de Niort à Compostelle
Ils sont à pied ou à vélo et veulent rallier St-Jacques-de-Compostelle en Galice. Ce ne sont pas de simples pèlerins mais ils veulent tout de même prêcher la bonne parole partout où ils passent.La vingtaine de membres de l’association France Adot 79 est partie de Niort le 4 juin et compte arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle samedi prochain, en informant à chaque étape sur l’importance du don d’organes, de moelle osseuse et de sang, "trois formes de générosité qui devraient être ancrées dans la réflexion du citoyen".
Mercredi après-midi, le groupe, composé entre autres de greffés du c¦ur, du rein ou de la moelle osseuse, a fait escale à St-Jean-Pied-de-Port. Une réunion y a été organisée, à laquelle l’antenne locale de France Adot a participé, pour informer sur le don et expliquer l’importance pour chacun de se positionner sur ce sujet de son vivant. Les personnes ayant bénéficié d’une greffe ont témoigné de leur expérience à cette occasion.
Jeudi matin, tous ont repris la route vers Puente-la-Reina (Navarre).
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