Gara: Latest news - Printed edition  |  Le Journal |  Documents
 
EUS | ES | FR | ENG
 » PRINTED EDITION
  - Index
  - Sujet à la une
- Basque Country
- Local
- Opinion
- Culture
- Sports
 » DOCUMENTS
 » Hemeroteka
Le JPB > Pays Basque 2005-06-15
Procès de Plévin : "une mise en scène pour condamner la solidarité bretonne"
·L’avocate des Bretons a dénoncé "des violations évidentes de la présomption d’innocence "

Après avoir donné lecture au compte rendu des faits et avoir entendu les témoins, la Cour d’Assise spéciale a commencé hier à interroger les prévenus. À commencer par Denez Riou, un militant breton, ancien membre de l’Armée Révolutionnaire Bretonne et de Engam, mouvement politique indépendantiste. Il a effectué 1 an et 3 mois de prison préventive, accusé de vol d’explosifs en bande organisée, au même titre que les cinq basques: Argi Perurena, Asier Oiharzabal, Benito Martinez, Patxi Segurola et Jon Bienzobas.

Denez Riou a expliqué qu’il était un militant breton, et c’est au nom de la "solidarité entre les peuples" qu’il hébergera des militants basques. "Dans les années 80 je m’étais rendu à Biarritz où j’ai connu deux réfugiés basques. Quelque mois plus tard, ces deux jeunes hommes qui avaient mon âge furent enlevés par la police espagnole avec la complicité de policiers français. On les retrouva bien plus tard, à Alicante, enterrés dans la chaux-vive, torturés à mort par les policiers espagnols", a-t-il précisé à la Cour, commémorant le cas des réfugiés Lasa et Zabala. C’est ainsi que lorsque des basques lui demanderont d’être hébergés, il le fera "sans hésiter, comme le ferait tout autre français de base" a-t-il expliqué. En revanche, il niera avoir participé au vol des explosifs.

Une mise en scène

En plus de Denez Riou, neuf autres bretons sont jugés pour recel de vol en bande organisée et d’association de malfaiteurs. Gérard Bernard aura effectué 3 ans de détention provisoire, Alain Solé plus de 4 ans, Bertrand Grimaud 1 an, Charlie Grall 2 semaines et Paskal Laizé et Stéphan Philippe qui n’auront pas été mis en détention. Comparaissent également en détention Richard Lefaucheux, Arno Vannier et Kristian Georgeault.

Me Isabelle Coutant-Peyre, avocate d’Alain Solé et Gérard Bernard, dénonce "une mise en scène pour condamner la solidarité bretonne". Pendant que la Cour d’assise spéciale jugeait les accusés du dossier ARB en mars 2004, un autre procès avait lieu au tribunal correctionnel de Paris en relation avec le vol des explosifs de Plévin, contre des basques. "Aujourd’hui les militants bretons comparaissent devant la cour d’assise spéciale, alors qu’ils auraient dû comparaître en correctionnel" explique Me Coutant-Peyre.

"De plus, les prévenus qui ont été jugés pour association de malfaiteurs dans l’affaire de l’ARB sont une nouvelle fois poursuivis pour association de malfaiteurs pour le vol d’explosif par l’ARB" a-t-elle ajouté. "Tout cela ressemble à une manipulation, si ce n’est une provocation, pour criminaliser le mouvement breton" estiment-elle.

"Pendant la deuxième guerre mondiale, les français avaient deux options: héberger les juifs ou les donner. Les résistants qui les avaient hébergés sont aujourd’hui décorés. Les bretons se trouvent aujourd’hui devant le même choix. Qui nous dit qu’un jour ils ne seront pas décorés?", interroge-t-elle.

"Intimidation systématique"

L’avocate des Bretons, dénonce toute la procédure. "S’agissant de la procédure d’instruction, la défense n’a eu de cesse que de dénoncer les violations évidentes de la présomption d’innocence et des entraves aux droits de la défense, et notamment les abus de mises en garde à vue et de leurs conditions, l’intimidation systématique et les pressions pratiquées contre les personnes poursuivies", souligne-t-elle.

Elle réfute également des éléments de l’enquête basés sur les "éventuels rapports des Renseignement Généraux (RG) qui n’apparaissent pas dans le dossier mais qui sont pris pour de l’argent comptant sans aucune vérification par la DNAT". D’où une impression des dates et des lieux des surveillances qui auraient été réalisées par les RG.



Du Front de Libération à l’ARB
L’histoire du "mouvement de résistance breton" a débuté dans les années 60 avec l’apparition du Front de Libération de la Bretagne (FLB). Une organisation clandestine, plutôt ancrée à droite, qui sera auteur de plusieurs actions de sabotage.

Dans les années 70, l’organisation clandestine prendra la dénomination de Front de Libération de la Bretagne ­ Armée Révolutionnaire Bretonne (FLB-ARB). Après un silence de nombreuses années, c’est à partir de 1993 que l’Armée Révolutionnaire Bretonne (ARB) réapparaîtra, comme mouvement indépendantiste de gauche, toujours par des actions "symboliques" aux explosifs, contre des gendarmeries, des perceptions d’impôts et autres implantations de l’Etat en Bretagne. Les attentats, de plus en plus nombreux, auront une aura crescendo, notamment par des attentats en dehors de la Bretagne. En 1997 une bombe explosera à Sainte-Gabelle (près de Toulouse), village d’origine du Premier Ministre de l’époque Lionel Jospin. En 1998 d’autres actions seront également perpétrées à Paris ou à Belfort, dans la région du ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement.

Les actions armées des Bretons s’en sont toujours prises aux biens matériels. Deux militants de l’ARB perdront même leur vie en manipulant des explosifs. En avril 2000, une bombe explosera au Mc Donald de Quévert (Bretagne) qui tuera une personne travaillant dans l’établissement. Même si l’attentat sera attribué à l’ARB, celle-ci ne l’a jamais revendiquée. La main noire des services secrets français sera évoquée. Déjà en 1972 un attentat avait été monté de toutes pièces par les services secrets afin de lancer "une razzia" au sein de la mouvance militante bretonne. D’ailleurs personne n’a pu être condamné dans cette affaire. Cependant, l’ARB n’a pas réalisé d’attentats depuis cette date, et elle a même rendue les explosifs qu’elle détenait. 13 militants bretons ont été jugés dans le procès de l’ARB en mars 2004. Arno Vanier et Kristian Georgeault, qui ont écopé de 4 et 11 ans de prison, sont toujours en détention. Aujourd’hui les enquêteurs estiment que l’ARB est dissoute.



Breizh-Euskal Herria : solidaires depuis 1936
À la demande de la défense, Dominique Jolivet, militant de la langue bretonne, est intervenu lors du procès. Souhaitant s’exprimer en Breton, c’est ainsi qu’il s’est adressé au président de la Cour. En réponse il n’a reçu que : "c’est quoi cette langue !" de la part de M. Jacob, qui l’a sommé de parler Français.

"Puisque vous m’interdisez de parler ma langue, je parlerai la votre. Mais sachez que toutes les langues ont la même valeur, et qui si un jour la langue française était menacée, c’est sans réserve que je la défendrais" a-t-il expliqué au président. Néanmoins il s’est dit "choqué" et "blessé" par les propos de M. Jacob, qui le premier jour d’audience le 1er juin dernier a désestimé la demande d’un traducteur en langue basque "parce que c’est une revendication de l’ETA".

La solidarité entre basques et bretons date de plus de 70 ans, depuis la Guerre civile espagnole a précisé cet enseignant breton. "Les bretons ont toujours accueilli à bras ouverts les basques persécutés par Franco, et depuis, les réfugiés menacés par la torture dans leur propre pays" a-t-il commenté. "Pour nous bretons, pour le peuple breton c’est un honneur de pouvoir accueillir les basques, nous sommes fiers de notre solidarité" a-t-il ajouté.

"Des relations existent depuis toujours entre défenseurs des cultures et des langues bretonnes et basques, entre les syndicats, entre les mouvements politiques ou entre les pêcheurs basques et bretons" a-t-il commenté. C’est précisément dans le cadre de ces échanges culturels qu’il connut Argi Perurena, prisonnière Labourdine jugée dans ce procès. Argi Perurena qu’il décrit comme "une personne exceptionnelle".

Pour Dominique Jolivet, point de terroristes parmi les militants basques mais "des résistants". Il a d’ailleurs souligné que pour le gouvernement français les réfugiés basques ont toujours été des résistants, "comme l’indiquait Gaston Deferre". "Les basques n’ont pas changé, les bretons non plus, c’est le gouvernement français qui a changé sa vision des choses dans le temps et qui s’en prend aujourd’hui aux résistants basques" a-t-il précisé. "Ils sacrifient leur jeunesse, leur vie, pour une cause juste. Ils méritent notre respect et notre soutien" s’est exclamé cet homme de 43 ans devant la Cour spécialement composée par 8 juges.


 
Print
...More news
Sujet à la une
"Après la greffe,la vie redevient presque normale"
Sports
Amaiur Alfaro de nouveau sur le pont
Pays Basque
Procès de Plévin : "une mise en scène pour condamner la solidarité bretonne"
Herriz herri
Re-pelote au Conseil Municipal d´Ascain
Pays Basque
La nation basque fait débat et clivage, à gauche
Pays Basque
Les pêcheurs lèvent le blocus en espérant que l´UE accepte le "box"
  © 2006 Baigura | Contact | About us | Advertise