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Le JPB > Sujet à la une 2007-06-26
Alerte rouge au barrage d'Itois où huit séismes ont lieu par jour
·Au cours des trois premières semaines de ce mois de juin, 142 séismes ont été enregistrés, une moyenne de huit par jour

La Coordination contre le barrage d’Itoiz a encore tiré la sonnette d’alarme sur la sismicité associée à cette grande infrastructure bâtie par le gouvernement navarrais contre l’avis de plusieurs experts géologues et de la grande majorité des habitants de la vallée de l’Irati. Selon l’Institut géologique espagnol, en trois jours 19 tremblements de terre ont été enregistrés, ce qui fait de ce mois de juin l’un des plus extraordinaires en termes de sismicité: 142 mouvements sismiques depuis le 1er juin.

La peur des habitants ne cesse d’augmenter au rythme des tremblements de terre: plus d’un millier depuis la construction du barrage. Alors que dans les années 80 le nombre des tremblements de terre enregistrés était d’entre dix et vingt par an, en 2005, en plein processus de remplissage de la retenue d’eau d’Itoiz les mouvements sismiques ont dépassé le nombre de 200 dans les vallées environnantes. Selon la plateforme, composée de riverains et d’écologistes, la moyenne de ces derniers mois est "effrayante": huit séismes par jour. Pourtant, le fait qu’au cours d’un seul mois 142 secousses aient été enregistrées ne fait pas réfléchir les responsables de cette infrastructure hydraulique.

Sismicité induite

Des rapports d’experts expliquent ce regain de séismes par un phénomène dit de "sismicité induite", selon lequel les hectomètres cubes d’eau cumulés dans le vase font pression sur une faille traversant la vallée de l’Irati. Le géologue et chercheur à l’Université de Saragosse Antonio Casas affirme que ce phénomène est "très connu dans le milieu de la sismologie" et "apparaît lorsqu’un élément externe exerce une pression sur une faille".

À cela, il faut ajouter un deuxième phénomène, qui relève peut-être du précédent: le glissement d’une partie du terrain de la colline gauche où repose l’une des extrémités du mur principal. Déjà dans un rapport de 1999, cet expert géologue et son équipe avaient constaté que 20 hectomètres cubes de terre et de pierres, quelque 25 millions de tonnes, glissaient en direction du vase. Si cette masse venait à tomber dans la retenue d’eau, les conséquences seraient catastrophiques selon le professeur Casas. D’abord, les millions de tonnes de rochers et de terre en s’écroulant dans l’eau provoqueraient une violente vague qui raserait les villages situés en aval du mur. Cette hypothèse serait encore plus catastrophique si, en raison de la pression, la voûte craquait. Les villages situés au bord même du barrage tels que Oroz-Betelu n’échapperaient pas à la destruction car un effet similaire au tsunami se reproduirait dans toute la surface du vase, selon ce géologue de l’Université publique de Saragosse.

Le cas du barrage de la vallée du Vajont, en Italie, où une vague de 250 mètres de large avait englouti plusieurs villages en 1963. Plus de 2.000 personnes ont péri lors de cette tragédie. Dix ans auparavant, le mur du barrage de Malpasset, au sud des Alpes, craquait et 500 personnes décédaient suite au raz-de-marée. En aval d’Itoiz, Aoiz avec près de 4.000 âmes et Zangotza-Sangüesa, avec quelque 4.500 habitants, ne souhaitent pas rentrer dans l’histoire par une tragédie similaire.

Il y a à peine deux semaines, lors des journées internationales organisées à Saragosse sur le thème des barrages, la Confédération Hydrologique de l’Èbre, promotrice et gérante d’Itoiz, a encore nié tout lien entre les mouvements sismiques et le barrage. Interrogé sur les mouvements géologiques de la colline gauche, le président de la CHE, José Luis Alonso, a affirmé qu’il n’y avait aucun glissement. Il a ajouté que la Confédération avait les moyens de faire face à de telles circonstances. "Nous avons la technologie nécessaire pour l’éviter", a-t-il dit. Profitant des journées, la CHE a même fait visiter l’infrastructure hydraulique à des experts internationaux. Les habitants ne sont pas pour autant rassurés.



Dix-neuf Solidaires risquent la prison
L’association Solidaires d’Itoiz a dénoncé hier l’attitude de "vengeance" du Gouvernement navarrais à l’encontre de dix-neuf militants qui s’étaient mobilisés contre l’évacuation des habitants de la vallée, une opération qui avait précédé le remplissage du barrage et qui s’est déroulée non sans tension. L’exécutif de la Navarre réclame une indemnisation de plus de 36 000 euros aux dix-neuf Solidaires qui risquent par ailleurs une peine de neuf mois de prison. L’audience aura lieu le 24 juillet à 9h. L’association appelle à un rassemblement à partir de 8h.


 
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