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Le JPB > Sujet à la une 2007-04-03
L’armée défend sa position sur la citadelle de Bayonne
·Le dossier de candidature à l’Unesco a été retiré par le ministère de la Défense mais la ville de Bayonne garde espoir

On n’a pas fini de louer la mémoire de Vauban en cette année de tricentenaire de sa mort. Esprit curieux et universel, précurseur de l’esprit des lumières, philosophe, architecte et infatigable bâtisseur, Sébastien le Preste, Marquis de Vauban, aura surtout bouleversé les sciences guerrières, notamment la poliorcétique, la technique du siège des villes, ou la réorganisation des stratégies de défense. Si l’armée ne s’y trompe pas, en rendant hommage, en ce moment même au musée des Invalides, à celui qui marqua si profondément l’histoire militaire, le ministère de la défense vient paradoxalement de s’opposer au classement de la citadelle de Bayonne au Patrimoine mondial de l’Humanité.

A la faveur de ce tricentenaire, l’État français a en effet choisi de soumettre l’¦uvre de Vauban au classement de l’Unesco.Une candidature qui repose sur le choix des sites les plus exemplaires de Vauban, parmi 130 places fortes et villes fortifiées.Une sélection de quinze sites, censée illustrer toutes les facettes de l’¦uvre de cet ingénieur civil et militaire, qui avait retenu la citadelle de Bayonne en raison de son extraordinaire état de conservation et de ses particularités architecturales. Mais l’armée a surtout jugé incompatible ce classement patrimonial avec les activités du Commandement des opérations spéciales qui stationne à Bayonne. Elle a également retiré du dossier de candidature à l’Unesco la fortification de Lille, qui héberge un commandement de l’Otan, pour le même motif.En revanche, elle a autorisé l’inscription de Mont-Louis et d’Arras, jugeant leurs garnisons moins sensibles.

Patrimoine historique

Si l’exclusion du site de Lille, que Vauban lui-même qualifiait de "Reine des citadelles" a suscité l’indignation d’associations patrimoniales, à Bayonne en revanche, le retrait de la citadelle au dossier de l’Unesco n’a pas fait de vagues.Il faut dire d’abord que l’information n’a pas filtré et même l’officier chargé de la préservation de ce patrimoine historique au sein de la garnison de Bayonne s’étonnait hier de cette exclusion du dossier bayonnais.Il faut dire également que l’élu bayonnais chargé de l’urbanisme et du patrimoine, Jean René Etchegaray, considère que la liste des sites transmise à l’Unesco "n’est pas fermée" et que "Bayonne peut encore rejoindre le peloton" des quinze sites sélectionnés.L’Unesco s’accorde en effet 18 mois pour étudier le dossier Vauban et l’inscription au patrimoine mondial de l’humanité de ce "bien culturel" devrait n’être votée à l’Unesco qu’en juillet 2008.

Mais à Bayonne, le ministère de la défense considère que les contraintes liées à ce classement patrimonial ne sont pas compatibles avec les opérations menées par la garnison de la citadelle. Jean René Etchegaray explique que la citadelle de Vauban est déjà classée au patrimoine historique et qu’elle est de ce fait déjà soumise à l’autorité de l’architecte des bâtiments de France."L’architecte des bâtiments de France dépend du ministère de la culture et n’a pas la même optique" explique l’adjoint au maire chargé du patrimoine.Il en veut pour exemple les difficultés qu’a rencontrées la garnison pour s’agrandir.Mais Jean-René Etchegaray se veut optimiste quant aux chances du dossier bayonnais d’aboutir en faisant valoir notamment une préservation du patrimoine qui, à Bayonne, "conserve la vie".Selon lui, il faut simplement "davantage de temps pour convaincre le ministère de la défense".

L’Officier chargé de la préservation du patrimoine de la citadelle ne lui donne pas tort en estimant que le classement du site bayonnais n’entraînerait "aucune gêne"."Au contraire, nous avons demandé ce classement" estime-t-il, en évoquant une parfaite entente avec l’architecte des bâtiments de France en termes de gestion d’un patrimoine historique."Pour moi, il s’agit d’un monument à classer" dit-il.D’autant que dans les textes, l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco ne procure pas de protection supplémentaire aux ¦uvres, ni moyen financier.Simplement une aura et un label touristique.

Reste que cette candidature vise à représenter toutes les facettes de l’¦uvre de Vauban et non les sites individuellement, ces derniers étant choisis pour représenter par exemple un type de fortification.Parmi les quinze sites déjà présentés, il ne peut donc y avoir de redondances.



Chirac rend hommage à des forces spéciales contestées
Le président de la république française Jacques Chirac rendra hommage aujourd’hui à Bayonne aux 3000 hommes des forces spéciales, engagées dans pratiquement toutes les opérations militaires de l’armée française à l’étranger (lire aussi Le Journal du vendredi 30 mars). A quelques semaines de quitter ses fonctions, le chef de l’État entend ainsi apporter son soutien à l’armée et à cette unité d’élite dont l’existence est cependant contestée. Alors que le Commandement des forces spéciales (COS), basé à Villacoublay, s’apprête à célébrer les 15 ans de sa création lors de la première guerre du Golfe, des voix s’élèvent pour contester le fonctionnement de ces forces armées, et jusqu’au parlement où le député socialiste François Lamy, membre de la commission de la défense de l’Assemblée nationale, plaidait pour "un nécessaire contrôle parlementaire de ces troupes".Les Forces spéciales dépendent directement du président de la République ou de son premier ministre."Il n’y a pas de contrôle parlementaire ni de contrôle démocratique" s’indigne Odile Biyidi, présidente de l’association Survie France, qui milite notamment pour une meilleure information des politiques françaises en Afrique. Pour elle, les Forces spéciales sont une "structure marginale" et la présidente de l’association, qui compte une extension au Pays Basque au sein de l’association Survie Euskal Herri, souhaite que "la hiérarchie revienne dans le reste de l’armée".Odile Biyidi soupçonne ces Forces spéciales d’avoir soutenu le régime rwandais et d’avoir participé à l’entraînement des auteurs du génocide."Au Rwanda, le Cos est resté sur place quand l’armée est partie", affirme-t-elle.En Côte d’Ivoire, elle rappelle que le général Henri Poncet, sanctionné par Michèle Alliot-Marie pour "manquements graves à la loi, aux règlements militaires et aux ordres" était aussi un ancien chef du Commandement des opérations spéciales. Cette vocation des forces spéciales fait également dire à Batasuna, qui organise à 12h une manifestation devant la citadelle, que "ces régiments militaires symbolisent le Œbras armé’ de l’impérialisme et du colonialisme français".

Mais la plus longue mission des troupes du Cos, dont les hommes sont âgés en moyenne de 27 ans après une préparation de trois ans, est l’opération "Arès", déclenchée en 2003 en Afghanistan. C’est là que les Forces spéciales ont connu leur bilan humain le plus lourd avec sept morts et 12 blessés.A Bayonne, Jacques Chirac devrait marquer la fin d’un mandat qui a vu la professionnalisation militaire en 1996, et une loi de programmation militaire généreuse dès 2003 qui prévoit une augmentation des 11,2% des crédits d’équipement de la Défense en 5 ans.C’est sur ce point que le chef de l’État français est attendu aujourd’hui, pour symboliquement, prôner la continuité dans ce traitement de la Défense.Le chef de l’état assistera à des opérations héliportées.



La citadelle de Bayonne, une forteresse inexpugnable
"J’ai peu de chose à vous dire de Bayonne", écrivait Victor Hugo lors de son, passage dans la capitale labourdine."La ville est on ne peut plus gracieusement située au milieu des collines vertes, sur le confluent de la Nive et de l’Adour, qui fait là une petite Gironde. Mais de cette jolie ville et de ce beau lieu il a fallu faire une citadelle. Malheur aux paysages qu’on juge à propos de fortifier ! Je l’ai déjà dit une fois, et je ne puis m’empêcher de le redire, le triste ravin qu’un fossé en zigzag ! La laide colline qu’une escarpe avec sa contrescarpe ! C’est un chef-d’¦uvre de Vauban. Soit. Mais il est certain que les chefs-d’¦uvre de Vauban gâtent les chefs-d’¦uvre du bon Dieu". Si la citadelle de Bayonne n’était pas du goût de Victor Hugo, son utilité a pourtant trouvé grâce auprès des souverains français qui, dès François 1er, considère la place de Bayonne comme lieu stratégique.Ce dernier érigera la première enceinte autour de la ville.Vauban la modernisera deux siècles plus tard.

Après la paix de Nimègue en 1678, Louis XIV voulut consolider ses conquêtes. Il donna l’ordre à Vauban de se rendre à Bayonne. Celui-ci arriva en 1680 et, accompagné de Monsieur Ferry, ingénieur général des fortifications de la Guyenne, se mit à entreprendre les plans de renforcement de la frontière espagnole. Appuyant son système sur deux points d’appui, Navarrenx et Saint-Jean-Pied-de-Port, il décide d’édifier la citadelle de Bayonne comme place de dépôt. Conçue comme un carré de près de 500 mètres de côtés, la citadelle se bastionne et s’organise pour devenir une forteresse inexpugnable. Les nombreuses courtines et demi-lunes, obstacles parapets et glacis témoignent encore du génie militaire de Vauban. La citadelle est utilisée au XVIIIe siècle et en 1750, une garnison de 2000 hommes y est stationnée.Afin de la consolider, des redoutes seront par la suite installées afin de défendre les flancs Sud de la place.

Pendant les guerres de la révolution et de l’empire, la citadelle sert de lieu d’internement des personnes indésirables. En 1814, la citadelle commandée par le général Maucomble, résista victorieusement aux troupes anglaises de Wellington, capturant même au cours d’une sortie (14 avril 1814) le général Hoppe, commandant les troupes assiégeantes. S’étendant sur plus de 43 hectares, la citadelle est occupée depuis 1954 par les parachutistes du 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine qui succède en 1962 à la première demi-brigade de parachutistes coloniaux. Le 15 septembre 1999 elle prend le nom de la citadelle général Bergé.



Vauban, où l’art de la guerre de dissuasion
Si dans la peau d’un bagnard, Léo Ferré chantait "Merde à Vauban", c’est bien que les citadelles qu’il construisait suscitaient bien des admirations. Militaire, il avait l’expérience du feu et des sièges, côté assaillant. Mais plus que les trois cents fortifications qu’il construisit, dont on trouve d’imposants vestiges au Pays Basque depuis le Fort de Socoa à la citadelle de Saint-Jean-Pied-de-Port, c’est son approche de la construction que l’on retient et son souci de rationaliser les sites et les techniques, et d’économiser la poudre comme les hommes. Convaincu qu’il n’y a pas de citadelles imprenables, ses fortifications redoutables devaient servir le moins possible et leur construction visait un but dissuasif. Elles n’étaient pas conçues pour permettre une défense soutenue mais pour gêner le plus possible l’adversaire. Avec son expérience de preneur de villes, il devient un fortificateur redoutable en exploitant le mieux possible les sites naturels, s’adaptant aux particularités et aux ressources de chaque terrain. Prospecteur et bâtisseur, il a aussi été un grand voyageur de son temps, s’intéressant à la réforme des armées ‹pour en accroître l’efficacité et en réduire les pertes‹ comme aux impôts, à la navigation, la religion, la philosophie, l’agronomie, l’économie. Bien que nommé Commissaire Général des Fortifications du royaume, Vauban se refusera toujours à écrire un traité théorique de fortification, mais il rédigera toutefois un mémoire consacré à la conduite des sièges. Il mourra le 30 mars 1707 à Paris à l’âge de 74 ans. Durant son extraordinaire vie, il aura passé 53 ans au service de Louis XIV, construit 130 places fortes et villes fortifiées, participé à plus de 50 sièges et parcouru 108 000 kilomètres.


 
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