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Le JPB > Culture 2007-03-20
Le cinéma basque est nomade au Pays Basque nord
·L’association Garazikus organise un festival afin de diffuser des films basques qui ne parviennent pas à franchir la Bidassoa

Si la production cinématographique basque semble s’être réveillée de l’autre côté de la Bidassoa, au Pays Basque nord en revanche, on tourne en rond du côté de la diffusion.Pourtant, la demande du public est réelle pour découvrir les films basques, mais les législations françaises et la nécessité d’un visa d’exploitation dans les salles de l’hexagone freinent les projections ou en interdisent la diffusion.De mémoire, le film de Julio Medem La pelota vasca avait trouvé grâce auprès d’un distributeur français il y a deux ans, et si les Parisiens n’y ont compris que couic, le Pays Basque nord en a profité. Mais le distributeur y a laissé des plumes. De quoi refroidir une profession déjà en difficulté et seule habilitée à acheter les droits des films.Le petit marché du Pays Basque nord ne suffit pas à réveiller les ardeurs. Le film Aupa Etxebeste, sorti en 2005, n’a toujours pas réussi à franchir la Bidassoa malgré un succès réel au Pays Basque sud. Qu’on se le dise, le film de Ramon Agirre débarque enfin à Saint-Jean-Pied-de-Port, pour deux projections exceptionnelles ce jeudi et ce vendredi.

A la faveur d’un cru exceptionnel cette année, l’association Garazikus tape du poing sur la table et organise un "festival du film basque".Un événement qui, par son caractère occasionnel, permet une diffusion sans visa d’exploitation. Dans la foulée, le cinéma le Vauban présentera à partir de ce soir Nömadak Tx, le film de Raul de la Fuente, primé au dernier festival international de Saint-Sébastien (lire aussi ci-dessous), et Kutsidazu Bidea Ixabel, que l’Institut culturel basque présente, toujours dans un cadre événementiel, pour accompagner la Korrika kulturala.

Débat actuel

Le débat est bien actuel et les cinémas du Pays Basque nord cherchent des solutions pour diffuser "des films produits à côté", comme le cinéma le Royal de Biarritz qui présentera à son tour Nömadak Tx samedi, dans le cadre du festival Bi Harriz Lau Xori.Mais pour l’heure, faute de licences ou de distributeurs intéressés, il faut avoir recours au provisoire et à l’astuce.Une astuce que déplore Garazikus en espérant que ce festival, sobrement intitulé Zineuskaraz, soit le dernier du genre."J’espère que ce sera l’unique et seule édition" explique Jean-Yves Ostrowiecki en songeant que "s’il n’y a plus de festival, c’est que les copies circulent librement".Sauf que de son propre aveu, le responsable de Garazikus réclame ses films "depuis 15 ans" en regrettant cette "frontière pour les films alors qu’il n’y en a pas pour les livres". Si les contraintes sont toujours d’ordre économique, en raison d’un coût d’exploitation important pour un petit territoire, les regards se tournent désormais vers l’Office Public de la langue basque.

Réalités économiques

En espérant que "les lois européennes et les réalités économiques soient bientôt adaptées à la réalité du terrain", l’équipe de Garazikus questionne : "ne peut-on imaginer que, comme pour les spectacles ou d’autres produits culturels ou pas, les films aussi puissent circuler plus librement en Europe ? Ne peut-on imaginer que l’Office Public de la Langue basque soit porteur de projet pour la diffusion de ces films ?" Mardi dernier, l’organisme de défense de la langue basque, Kontseilua, ne disait pas autre chose en estimant "que c’est le rôle de l’Office Public de la Langue Basque de faciliter cette distribution et d’intégrer ce domaine dans ses projets" en déplorant "les difficultés à distribuer ces films en Pays Basque nord" (lire aussi le Journal du 14 mars).

Si l’idée de Zineuskaraz est d’abord de permettre la diffusion de films basques, l’événement qui débute ce soir n’en propose pas moins les conditions d’un authentique festival, avec des rencontres notamment, les réalisateurs, acteurs ou protagonistes des trois films présentés.Reste qu’à l’exception de Kutsidazu bidea Ixabel, traduit par les soins de l’Institut culturel basque, les films sont en version originale sans sous-titrage français, malgré un synopsis "très détaillé en français" qui sera fourni sur demande.



Nömadak Tx, road movie au son du galop du cheval
Les créateurs de Nömadak Tx ont conçu un documentaire comme un road movie à travers la planète, créant des lieux de rencontres, "pas seulement entre les personnes mais aussi entre les cultures" dit l’un des protagonistes de ce projet réalisé pendant quatre ans autour d’une idée simple : la txalaparta est plus qu’un instrument de percussion, c’est un instrument de dialogue, on ne peut en jouer tout seul. La musique qui naît de ce duo a sa vie propre. Sur cette idée de l’échange, de l’enrichissement de l’un par l’autre, et sur la création qui en découle, Harkaitz Martinez de San Vicente et Igor Otxoa, les deux musiciens du groupe Oreka Tx, né en 1997, ont rêvé de rencontres plus lointaines, de cultures différentes, de peuples nomades du bout du monde. Ce projet, dirigé par Raul de la Fuente, homme-orchestre (photo, scénario, montage et son) est mené à bien grâce à une équipe enthousiaste réunie autour d’une idée forte. Au final, ce beau documentaire ouvre le monde. Car l’expédition les mène en Inde dans la province du Gujerat avec les Adivasi, en Laponie chez les Sami, au Sahara avec les Berbères, les Soudanais, les Sahraouis du camp de Tindouf et en Mongolie, avec les fiers cavaliers des steppes. "Dans notre sac, nous n’avions que de la musique à offrir" racontent-ils. Leur instrument, ils le construisent pays après pays avec leurs hôtes. Arrivés au cercle polaire arctique après une longue marche dans les glaces et 30° en dessous de zéro, ce sera dans la glace, à la scie, qu’ils tireront les pièces pour faire sonner encore cette musique que l’on compare au galop du cheval. Loin des concerts organisés, ils partagent le quotidien de ces peuples, s’apprennent mutuellement, se regardent vivre, se parlent du regard, du rire, des gestes. Tous enfants libres de la musique, se comprennent et s’accompagnent à la recherche de sonorités inconnues, de rythmes inventés, découvrent ensemble les harmonies nées de cette union. Et les voisins viennent les découvrir, chanter, s’essayer à ce drôle d’instrument, curieux des autres, prêts à rire et le temps ne compte pas sous ces latitudes. La bande-son, extraordinaire, doit être publiée. Les vibrations de la txalaparta de glace, jamais entendues, médusent. Au-delà des mots, ils rencontrent la richesse des peuples, près de leur terre, de leurs troupeaux, en harmonie, loin des systèmes occidentaux ou qui les fuient ou qui en souffrent. Une vie dure sans confort mais sans maîtres. Paysages fantastiques, déserts, steppes, banquises, visages pluriels, dans le bonheur d’un échange juste. Des rencontres magiques, des voix qui livrent la profondeur de cultures oubliées, laissées-pour-compte. Un film où éclate la joie d’une création commune.

M. S.


 
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