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Le JPB > Sujet à la une 2006-10-25
Les migrateurs dans le viseur des longues-vues
·Chaque automne, les écologistes d’Organbidexka Col Libre cohabitent avec les chasseurs sur les cols basques

Aujourd’hui encore Julien et Charles Henri vont devoir rester sous la tente au confort sommaire qu’ils ont plantée dans le sous-bois. Le vent la secoue à tel point qu’ils craignent qu’elle ne s’envole. Mais les deux jeunes ornithologues sont mieux là que sur la redoute de Lindux où on peut à peine tenir debout. Comme depuis une semaine, on ne verra pas passer beaucoup de migrateurs aujourd’hui. D’ailleurs les chasseurs qui ont fait le déplacement vers leurs cabanes sont aussi à se protéger dans leur voiture avant de décider qu’il ne sert à rien de rester plus longtemps.

Depuis 27 ans, les écologistes d’Organbidexka Col Libre suivent la migration des oiseaux et donc l’évolution des populations depuis leurs postes des cols d’Organbidexka (Larrau), Lizarrieta (Sare) et Lindux (Urepel-Arnegui). Ils sont aidés dans leur tâche par des dizaines de bénévoles, curieux, adhérents de l’association ou passionnés de migration. C’est comme cela que Julien Traversier a fait ses débuts de "compteur". Si cette année, il est le permanent du site de Lindux, il l’a fréquenté durant cinq saisons auparavant. Charles Henri, son frère, le seconde et lui tient compagnie aussi, en particulier durant les longues journées où il n’y a pas un oiseau à se mettre sous la dent.

"Durant la saison, qui dure pour nous du 15 septembre au 15 novembre, 20 à 30 bénévoles viennent nous prêter main-forte. Sur Organbidexka, qui est un site plus renommé au niveau européen et où les comptages se font du 15 juillet au 15 novembre, près de 200 bénévoles de toutes les nationalités, se succèdent", explique Julien Traversier. Les écologistes travaillent à quelques mètres des chasseurs dans une cordiale cohabitation. "On se dit bonjour, quand on peut on discute, on a aucun intérêt à ce que ça se passe mal", indique le jeune ornithologue.

A Lindux, les écologistes observent 24 espèces migratrices qui les intéressent. Cigognes, grues, cormorans, palombes et autres milans royaux sont dans la ligne de mire des bénévoles. Ceux-ci repèrent également des espèces non migratrices telles le gypaète barbu, l’aigle royal ou le vautour fauve pour collecter des données.

"Nous repérons les oiseaux avec les jumelles, puis nous les identifions et les dénombrons avec des longues-vues", explique Julien Traversier. "Nous portons une grosse attention sur le milan royal", ajoute-t-il. Même si sa population n’est pas encore fortement en danger, elle a été divisée par deux en 20 ans selon Organbidexka. "Cela vient d’une modification de leur habitat. Ils aiment les zones bocagées et les prairies. Or celles-ci disparaissent au profit de zones de cultures intensives. S’ajoutent à cela, de nombreux empoisonnements par des raticides à base de bromadiolone, qui servent à supprimer les campagnols dans les champs", indique l’observateur de Lindux. Le Milan royal niche en France, en Allemagne et en Suisse puis migre vers le sud de la France et l’Espagne. Peu traversent la Méditerranée.

Depuis début septembre, les compteurs de Lindux ont repéré 990 milans royaux. Le pic de migration a lieu durant les dix derniers jours d’octobre. Les rapaces vont donc encore affluer.

La palombe, nom courant pour désigner les pigeons ramiers et les pigeons colombiers, est l’autre grande espèce qui attire particulièrement l’attention des bénévoles. "Pour l’instant, on en a compté 19 000", précise Julien Traversier. "Depuis 10-15 ans, les effectifs sont stables sur nos trois sites de comptage mais il faut dire que la population qui est aujourd’hui de 20 à 25 millions d’oiseaux atteignait 40 millions dans les années 50", souligne-t-il. Autre constat, les effectifs observés sont en baisse sur Organbidexka et Lindux alors qu’ils augmentent sur Lizarrieta.

"Le couloir de migration se déplace. Peut-être qu’il y a aujourd’hui plus de vent du sud qu’il y a 20 ans, les palombes essaient de l’éviter en passant plus à l’ouest", avance le jeune ornithologue. Selon lui, "il n’y a pas de quoi tirer la sonnette d’alarme mais c’est une espèce à surveiller".

Comptages ouverts au public

Pas de problème en revanche du côté des populations de grues qui sont en augmentation. Le beau temps du dimanche 8 octobre a été particulièrement propice à leur passage. 1892 des 2500 grues passées par Lindux ont été comptabilisées ce jour-là. Il en passera au total 30 000 cette saison. Les oiseaux au long cou et aux cris bruyants viennent des pays scandinaves et font régulièrement halte en Allemagne, Champagne-Ardenne puis dans les Landes. "Elles sont bien arrivées en Champagne-Ardenne", fait savoir Organbidexka. Le passage des cols pyrénéens ne devrait donc pas tarder.

Jumelles et longues-vues seront donc fortement mises à contribution dans les jours qui viennent. "Notre action permet de surveiller l’évolution des populations mais aussi d’informer le grand public", déclare Organbidexka Col Libre. Jeunes et moins jeunes sont en effet invités à ouvrir l’oeil sur les sites de l’association. Pourquoi les oiseaux migrent, d’où viennent-ils et où vont-ils, autant de questions auxquelles les bénévoles répondent de bon coeur à qui veut bien les poser.



Palombes : le calme avant le boom
Les palombes sont à venir. La Saint-Luc le grand truc, c’est davantage un dicton qu’une réalité. En effet, peu de vols bleus avaient pu être aperçus pour le 18 octobre. Depuis il en est passé quelques-uns mais bien moins que l’an passé à la même époque. Les passages les plus importants sont observés entre le 25 et le 28 octobre puis entre le 6 et le 9 novembre. Les techniciens de la fédération de chasse sont à leur poste de comptage depuis une semaine. Entre Banca, Arneguy, la corniche d’Urrugne et le col de Lizarrieta (Sare) où ils sont postés, ils n’ont dénombré que 30 000 palombes pour l’instant alors qu’environ 100 000 étaient passées à cette époque en 2005. "Les conditions météorologiques expliquent cette différence. Il a fait mauvais, nous avons eu beaucoup de vent du sud et les oiseaux ne se sont pas engagés à traverser les Pyrénées", explique Valérie Cohou, chargé de mission au GIFS (Groupe d’investigation sur la Faune Sauvage).

D’après les informations dont dispose la Fédération de chasse, il y aurait des concentrations de palombes en Corrèze et dans le Centre de la France mais aussi dans le nord des Landes. Il faut donc s’attendre à des passages importants à la première fenêtre météo favorable. "Ça va faire gros d’un coup", selon le GIFS.

Rejoignant les analyses des écologistes d’Organbidexka Col Libre, les chasseurs constatent une stabilité des effectifs migratoires depuis sept ans. Eux aussi concèdent que les couloirs de migration des palombes changent. L’an dernier, la moitié des oiseaux comptabilisés par les techniciens des quatre sites avaient été observés depuis la corniche d’Urrugne.


 
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