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Le JPB > Sujet à la une 2006-07-20
"La Safer n’est qu’une agence immobilière de plus"
·Les paysans du syndicat ELB ont dénoncé l’attitude de la société foncière sur la vente d’une ferme à Ayherre

Après plusieurs heures de discussion, les paysans d’ELBsont dépités. "Aujourd’hui, nous avons été obligés, contraints et forcés, de faire le travail de la Safer qui ne veut pas prendre ses responsabilités". Comme cinq autres paysans, Gracie Challet vient de sortir des bureaux de la Société d’aménagement foncier, fortement gardés par une dizaine de gardes mobiles, où elle a signé sa candidature à l’achat de la ferme Berhoa (6 ha de terres et bois et une maison inhabitable en l’état) à Ayherre. Le propriétaire, un agriculteur de la commune l’avait vendue à 300000 euros (hors frais d’agence et de notaire) à une acheteuse fortunée, déjà propriétaire d’une autre maison du village (lire éditions précédentes). Comme pour toutes les transactions de biens agricoles, la Safer est avisée et peut faire usage de son droit de préemption (priorité à l’achat) dans un délai de deux mois pour rétrocéder ensuite le bien à des agriculteurs. Six s’étaient portés candidats mais avaient demandé une révision du prix. La Safer, d’après une estimation des Domaines, l’a évalué à 157000€.

Depuis cette évaluation, les candidats et le syndicat ELB demandent à la Safer de préempter à 90000 euros, jugeant ce prix bien assez élevé. Hier, lors d’une réunion entre les candidats et la Safer, celle-ci a répété son intention de préempter mais au prix fixé par les Domaines. Une intransigeance qui n’a pas été du goût d’ELB et de la soixantaine de paysans réunis pour l’occasion à St-Palais.

"Ce bien est estimé au prix du marché immobilier, ce n’est pas normal. Nous avons essayé d’expliquer à la Safer qu’il faut distinguer le marché des terres agricoles et celui des biens immobiliers, mais en vain", a expliqué Xalbat Cachenaut, responsable de la commission Foncier d’ELB à la sortie de la réunion. "La Safer a pour mission de lutter contre la spéculation, or elle se base sur des prix spéculatifs", a lancé un manifestant.

"Sauf à préempter à un prix inacceptable, le paysan n’a pas d’issue", a dénoncé Brigitte Allain, porte-parole de la Confédération paysanne, qui avait fait le déplacement à St-Palais. "Il faut trouver des formules pour séparer le droit d’usage du droit de propriété sinon demain, il n’y aura plus de Pays Basque comme on le connaît aujourd’hui, c’est-à-dire à vocation agricole", a-t-elle ajouté.

Entre accepter le prix avancé par la Safer et laisser la transaction se faire à 300000 euros, le choix a généré d’intenses discussions entre les paysans hier, d’autant que les délais réglementaires imposaient qu’une décision soit prise dans la journée. "Il est inconcevable d’accepter que cette vente se fasse à 300 000 euros, cela servirait de référence à d’autres transactions", avançaient les uns. "156000 euros, cela reste trop cher, les candidats sont d’accord pour 90000, que la Safer prenne la responsabilité de payer la différence", proposaient d’autres. Finalement, ELB a demandé à la Safer de remplir ses missions et d’user de son droit de préemption sans qu’aucun des six candidats ne s’engage sur le champ. "Dans un premier temps, la Safer doit assumer ses responsabilités, elle aura ensuite le temps de trouver des candidats", a estimé ELB. Mais la société d’aménagement n’a rien voulu entendre, affirmant que si aucun des six candidats ne s’engageait, elle ne préempterait pas.

"Début d’une série d’actions"

"Nous avons signé sous la contrainte car il vaut mieux ça que de laisser ce bien se vendre à 300000 euros", a expliqué Gracie Challet.

"Il a fallu le courage de certains candidats pour obliger la Safer à prendre ses responsabilités. Mais cela reste inacceptable", a commenté Christian Harlouchet, porte-parole d’ELB. Pour le syndicat, il s’agit là d’un "premier coup de frein mais cela ne suffit pas". ELB a déclaré que c’était "le début d’une longue série d’actions chaque fois que ce genre de transactions va se présenter".

"La Safer telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, dessert les paysans et cautionne un marché derrière lequel se cache notaires, banques, agriculteurs devenus spéculateurs et agences immobilières. Au lieu de contrer la spéculation, elle est devenue une agence immobilière comme les autres", selon ELB.



La patate chaude de main en main
Vivement critiquée sur le fait d’avoir accepté de préempter à un prix jugé encore trop élevé au vu du bien mis en vente à Ayherre, la Safer a rétorqué hier qu’elle ne pouvait réaliser de dossier de préemption que sur la base d’un prix estimé par les services des Domaines. "Nous n’avons pas le pouvoir de contester le prix des Domaines. Nous devons respecter ce cadre légal", a déclaré hier Jean-Claude Saint-Jean, président de la Safer Pays Basque. Il a toutefois fait remarquer que le prix révisé correspondait à la moitié du prix de vente initial. Si la Safer se réfugie derrière les Domaines, ELB a toutefois indiqué que la propre estimation faite par les services de la société d’aménagement s’élevait au même niveau que celui des Domaines, "et même un peu plus".

Selon les estimations fournies par la Safer hier, les Domaines se basent sur les prix du marché des transactions foncières, pas seulement sur la réalité du marché du foncier agricole. Une façon de faire que rejettent les agriculteurs en estimant que ce prix élevé ne correspond en rien à la valeur de l’outil de travail.

Jean-Claude Saint-Jean a avancé qu’une réunion se tiendrait en septembre avec les Domaines pour discuter de la façon d’évaluer les biens agricoles.

Il a aussi avancé la proposition d’une prochaine table ronde "avec tous les acteurs du territoire pour partager la réflexion et mettre en avant l’intérêt économique de faire vivre l’agriculture".

"La Safer a besoin du soutien de tous. La balle est dans le camp des élus et politiques", a-t-il estimé.

Tandis que discussions, conférences et réunions se multiplient, et que la mise en place de l’Etablissement Public Foncier est au point mort, la flambée des prix ne faiblit pas. L’agriculture n’en est pas la seule victime. "C’est le problème de toute la société. Nous sommes notamment en train de chasser nous-mêmes les jeunes du territoire", a estimé une agricultrice hier.


 
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